vendredi 5 décembre 2014

L'achronie, donc




Casanova voulut répondre mais Arété, se tournant vers moi, m'a demandé :

« Lorsque nous nous sommes connus à Cyrène, vous n'étiez qu'un jeune adolescent d'à peine seize ans. Vous veniez nous visiter, mon père, mon fils et moi, accompagné d'une belle et jeune Grecque, et vous étiez visiblement tous les deux amoureux.

Cette découverte très surprenante — comme un aboutissement du mouvement libertin et sensualiste initié par mon père — que vous avez faite de l'amour contemplatif — galant, cette affirmation, qui est la vôtre, que l'abandon à ce mouvement, ample, puissant, primal, de l'extase charnelle et sentimentale est en quelque sorte la voie royale qui mène à la contemplation, et que l'ensemble — abandon à ce puissant mouvement viscéral, extase voluptueuse-sentimentale et contemplation — constitue le vrai but de la vie, enfin au moins pour les amants contemplatifs — galants qui en ressentent les bienfaits et en tirent, très consciemment, une sagesse et une liesse que vous mettez au cœur de la pensée et de la poésie, tout cela, donc, dont nous parlons maintenant, et qui constitue un scandale et une abomination, non seulement pour toute votre époque, mais aussi pour toute la philosophie, depuis Platon, et même avant — sauf pour l'école d'Aristippe, mon père — cette découverte, dis-je, fut-elle ce que vous rencontrâtes, dès les premières étreintes que vous connûtes, ou plutôt le résultat de ce travail analytique, ainsi que vous l'appelez — que vous fîtes, je crois, après. »

Je ne m'étonnai pas de cette question directe venant de la part d'Arété : son père qui avait été, comme on le sait, l'élève de Socrate — dans une époque où les femmes comptaient pour rien — l'avait élevée pour ainsi dire comme un homme, mieux, comme un sage.

Elle pouvait très bien se laisser aller à prendre la main d'un homme dans un moment d'intense émotion, comme elle l'avait fait plus tôt dans la soirée avec notre ami vénitien — cédant ainsi tout à la fois au charme de l'aventurier et à cette tendresse spontanée que l'on remarque parfois aux femmes pour les hommes qui montrent leur faiblesse, ou, comme dans le cas dont nous parlons, de la nostalgie et des regrets —, mais lorsqu'on parlait de telos elle redevenait ce penseur tout à la fois léger — parce que sensualiste — et profond et ironique, à la façon de Socrate — façon qu'elle avait apprise de son père – à vrai dire en même temps qu'elle apprenait à parler.

Je lui répondis donc avec tout le respect que l'on doit à ceux qui existent vraiment — qui sont si rares —, en suivant très véridiquement le cours de ma mémoire. Et, sentant que je devrais parler de mes amours passées, je me tournais tout d'abord vers Héloïse comme pour m'excuser par avance d'avoir à les évoquer, lisant dans ses yeux qu'elle ne pouvait m'en vouloir de raconter une époque où elle n'était pas — ou à peine — née.

« Ma chère Arété, dis-je, je n'ai pas gardé de traces écrites de ce que m'inspirèrent mes amours avec la belle Grecque dont vous parlez. Et sans doute les lettres que je lui envoyais, sont-elles perdues à jamais. Je sais seulement que je quittai la Libye cette année-là dès le mois de juillet, et que je me retrouvai, pour une raison qui me reste encore assez obscure, envoyé en République Démocratique Allemande, pour me perfectionner dans la langue de Goethe, avec un petit groupe de filles et de garçons, tous français, à peu près de mon âge, chaperonnés par une paire de jeunes étudiants censés nous encadrer, par l'entremise de je ne sais quelle organisation.

Comme vous le savez, beaucoup des résidents étrangers en Libye à cette époque étaient liés au monde du pétrole : des Texans, à l'allure de John Wayne — et aussi à l'accent… —, et des Allemands, qui pour certains avaient servi sous Rommel et qui préféraient, et de loin, le schnaps à l'hydromel ; comment mon père et ces amis, ou les millionnaires grecs qu'ils fréquentaient pour affaires, eurent-ils l'idée de m'envoyer chez les Rouges, en théorie leurs pires ennemis ?… Avec le temps, je n'y ai trouvé qu'une réponse : leur goût commun pour la marche nordique… enfin, la marche allemande, plus précisément.

Il est probable qu'ils trouvaient dans ces beaux défilés militaires de Berlin-Est (ou de la Place Rouge) — où paradaient, devant des généraux emplastronnés de médailles, à l'air gâteux et martial, des automates au regard fixe et fier — comme une similitude, d'ordre et de virilité mécaniques, avec d'autres, dont ils avaient sans doute la nostalgie, et peut-être avaient-ils dû penser que je serais mieux dans cet environnement-là, même au milieu des cocos, qu'à Paris ou sur l'île de Wight — environné de hippies fumant de l'herbe et jouant du banjo.

Hélas pour eux, nous étions nous-mêmes l'avant-garde attendue de la décadence occidentale — derrière le Rideau de fer. Et les jeunes Allemands de l'Est espéraient et attendaient notre arrivée — plus encore que la réalisation du Communisme sur la Terre.

À peine débarqués, après trente heures de train, dans le petit port de Binz, sur l'île de Rügen, — après un passage de frontières aux allures de destination danger —, à peine nos valises défaites dans cette auberge de jeunesse qui est aujourd'hui devenue un des hôtels les plus cotés de la planète, que déjà on nous sollicitait pour savoir si nous n'avions pas des jeans — symbole pour nos nouveaux amis de l'Est, plus encore que pour nous, de rébellion cool — ou, luxe suprême, le dernier 33 tours des Stones, ou même un vieux Dylan, ou enfin, à tout le moins, des Dollars ou des Francs, à changer contre des liasses de Marks est-allemands.

Et, ayant été par quelque prédécesseur mis au courant, nous avions bien sûr tout ce qu'on nous demandait. De sorte qu'en moins de temps qu'il faut pour l'écrire, nous étions riches comme nous ne l'avions jamais été : la pratique de l'argent de poche n'étant pas, dans ces années — même pour les jeunes gens de bonne famille —, ce qu'elle semble être devenue aujourd'hui.

Les trente heures de train ayant créé des liens parmi les huit filles et les huit garçons que nous étions, dès le premier soir avait été décidée la mixité de nos quatre petits dortoirs — en principe à chaque sexe strictement réservés.

Les officiels de la D.D.R. étaient extraordinairement laxistes, semblant tout ignorer des règles qui nous régissaient dans ce monde inquiétant et magique d'où nous arrivions, et surtout soucieux de ne pas nous contrarier ; comme si cela eût pu les faire paraître vieux jeu, ou, pire, contre-révolutionnaires — à nos yeux. En tout cas, ils fermaient les leurs.

Les deux jeunes étudiants français commis à nous surveiller — qui seuls pouvaient mesurer l'ampleur de nos excès — ayant été dès le premier jour plus occupés à choisir une jeune fiancée dans la troupe qu'à nous contrôler, et par là même disqualifiés par leur détournement de mineures, tout nous était donc permis.

Dans les Intershop, boutiques réservées aux touristes où l'on payait exclusivement avec des devises de l'Ouest, nous achetions de la Wyborowa, une vodka polonaise réservée à l'export, qui nous servait, avec la bière que l'on payait un Mark le bock d'un litre — quand on avait dix Marks pour un Franc —, à prendre, sans cesse, de terribles cuites, le soir et même la journée, que l'on épongeait en allant manger du poulet grillé dans les restaurants des apparatchiks, et que nous prolongions, la nuit, errant sur la plage que longe la bien nommée Strandtpromenade, ou, le plus souvent, loin, au pied des falaises, regroupés autour d'un feu de bois, dans cette région pourtant strictement sous contrôle — parce qu'à portée de barque des côtes de l'Occident capitaliste.

Il y avait même dans notre petite bande une jeune Allemande de l'Est qui s'appelait, déjà, Angela. Elle parlait deux ou trois mots de français qui lui furent fort utiles une nuit où, chantant à tue-tête — comme on chante dans l'ivresse — autour de notre grand feu des chansons de Brassens — à moins que ce ne fût encore Gloria —, nous fûmes soudain nous aussi cernés par de braves pandores, sous la forme de VoPos soucieux de leurs frontières.

Les quelques mots de français qu'elle put dire la firent croire des nôtres et bénéficier de notre extraordinaire impunité — et nous pûmes voir, enlacés les uns les autres, cette nuit-là comme les autres, longtemps après le départ de nos garde-côtes, autour de notre grand feu, se lever le soleil, avec sa merveilleuse colonne d'or embrasant jusqu'à nous la Baltique — tandis qu'au loin Binz et ses blanches villas balnéaires — qu'avaient bâties au début du siècle la noblesse et la grande bourgeoisie du temps de l'Empire — émergeaient d'un fantastique voile de brume comme un village de conte d'un écrin de gaze féerique.

La plage psychédélique du F. K. K — cette organisation de la « libre culture du corps » qui trouvait ses racines dans ce qu'avait initié W. Reich pour les ouvriers communistes des années vingt et trente sur ces mêmes rivages — avec ses galets luisants à l'aurore, au pied des falaises de craie blanche, nous a laissé à tous, sans aucun doute, des souvenirs impérissables, et j'ai vu, il n'y a pas si longtemps de cela, une autre Angela, par un temps de chien comme nous n'en connaissions pas, entraîner à toute force, pour la lui montrer, bien précisément, depuis un bateau, un président français qu'elle avait emmené en visite. Mais il pleuvait tant ce jour-là que je crois bien avoir été le seul, dans ma campagne et de loin, à voir ce qu'elle voyait de beau — là. »

Au Lineadombra tout le monde écoutait, j'ai continué.


On y voit que, pour moi, l'amour et l'extase mystique, le sentiment océanique et le sentiment amoureux, étaient déjà intimement liés. Je découvrais alors l'amour physique dans des situations grandioses, en elles-mêmes illuminantes : les plages sauvages de la Cyrénaïque ; l'accablante splendeur du désert et des étés libyens — qu'aggravait parfois encore le simoun, qui fait passer les étés grecs pour des vacances à Deauville — ; ou l'hallucinante beauté des côtes de la Baltique — à l'endroit dont j'ai parlé.

Cet extraordinaire mouvement des sentiments et des corps qui s'emparait de nous pour la première fois et auquel pour la première fois nous pouvions nous abandonner, en toute liberté, dans cette beauté surréelle, suffisait à lui seul à nous laisser bouche bée, — perdus dans l'éternelle beauté du monde, extatiques.

Tout était miraculeux : la découverte des corps de nos jeunes amoureuses, leurs seins, leur sexe — qui était pour nous un vrai mystère, car il n'en existait pas alors de représentations explicites. Les quelques jeunes femmes qui apparaissaient entièrement nues dans de très rares magazines avaient le sexe gommé, au sens strict du terme. D'ailleurs, il ne s'agissait que du triangle des poils pubiens puisque la représentation détaillée d'une vulve n'eût même pas été concevable.

Ce que nous avons alors vécu directement ne s'était pour nous jamais encore éloigné dans une représentation, de sorte que nous ne pensions pas qu'une pauvre chatte plate et pâle correspondait à un sexe féminin au moment de l'excitation amoureuse, comme le croient aujourd'hui les crétins qu'ont éduqués — ou, plutôt, préprogrammés — les mafieux du porno et leurs malheureuses et frigides putains : nos jeunes amoureuses avaient des sexes bombés de désir, des vulves gorgées, coruscantes et humides, des seins dressés, sensibles comme des tourterelles, et, elles aussi, une grande curiosité pour nos jeunes membres tendus à craquer. Qu'elles découvraient avec la même joie, — tout aussi bien.

Comme tous les adolescents de cet âge, me semble-t-il, nous étions fascinés par nos fluides corporels : la salive de nos baisers, le sperme et la cyprine — qu'aucune maladie n'avait encore associés à un quelconque danger mortel — étaient au centre de nos jeux et de nos gaîtés. Mais nos esprit aussi étaient libres : nous n'avions en tête aucune image, aucun scénario auxquels nous aurions dû nous conformer, de sorte que nous improvisions — avec émotion.

Les pénétrations étant rendues difficiles ou douloureuses par la virginité et l'étroitesse de nos jeunes amoureuses, je ne dirais pas que je connus alors cet abandon au réflexe de l'orgasme dans des extases harmoniques où se seraient alliées nos puissances et nos délicatesses réciproques et partagées.

Mais, dans cette découverte extasiée de l'autre sexe, le simple fait d'une pénétration et d'un mouvement lent et mutuel nous semblait, à elles comme à nous-mêmes, comme des sommets de volupté. La dictature de l'orgasme auto-érotique à prétexte, à l'époque où De Gaulle allait s'exiler en Irlande, n'était pas encore quelque chose qui avait frappé la société de l'injouissance, société qui était d'ailleurs plutôt, à ce moment, seulement spectaculaire.

Ce n'est donc que quelques années plus tard, vers dix-neuf ou vingt ans, alors que j'entretenais des relations sexuelles régulières avec une jeune fille avec laquelle je vivais, que j'expérimentais, pour la première fois, non pas l'orgasme masturbatoire — auquel j'arrivais habituellement en elle sans difficulté dans un style pas très courtois qui ressemblait plutôt à un pilonnage d'ovaires — mais une véritable et puissante vague sentimentale et orgastique.

On sous-estime souvent, il me semble, les tout premiers chagrins d'amour de la première puberté, chagrins qui réactivent à leur tour de vieilles souffrances refoulées, de sorte qu'avant vingt ans il n'est pas rare que la vie amoureuse soit déjà plus ou moins revancharde et ait déjà perdu les grâces délicates de ses premiers moments.

C'est donc dans le cours de cette vie amoureuse et sexuelle stable — que cette jeune fille et moi menions, en amants et en « camarades » situationnistes, liés à une communauté de libertaires dans notre genre — que — après une dispute particulièrement violente, où avaient fusé les insultes, la vaisselle et les cris, et où nous avions fini tous les deux en larmes, et alors qu'épuisés de haine, de tristesse et de rage nous nous étions abandonnés à l'amour — je fus saisis par la puissance de cette jouissance et ce profond battement involontaire de tout mon corps — dont j'ignorais tout alors — et qui, à vrai dire, me fit peur.

C'est le propre même du névrosé que d'avoir peur de la jouissance amoureuse, qui n'est ni l'arc hystérique ni ce petit spasme masturbatoire que l'on peut même reproduire en laboratoire — et j'ai vu, il y a quelque temps, dans un documentaire, une femme dont des spécialistes – qui n'avaient visiblement jamais vu ni un homme ni une femme jouir – analysaient les orgasmes dans une machine IRM —, spasme masturbatoire dans – ou par – l'autre qui est devenu aujourd'hui une sorte de prescription obligatoire ou de diktat. « Branle-toi en moi et branle-moi par toi, et surtout fais-moi "jouir" » semble être le mot d'ordre d'une époque de branleurs haineux et de branleuses masochistes ou vindicatives, qui n'ont aucune idée de ce que jouir veut dire.

Le mouvement physiologique de la jouissance dont je parle est le fait d'amants qu'unit un lien puissant et poétique : il échappe aux amours furtives ou machinales, aux machinations et aux scenarii neo-libertins — sans parler des sadiens , comme, j'imagine, aux exigences sexuelles conjugales.

Quelques mois plus tard, je trouvai par hasard, en lisant La fonction de l'orgasme de Reich, que nous venions de découvrir, la description de la beauté convulsive dont j'avais été, en quelque sorte, victime… J'avais vingt-et-un ans, je crois. Au point où nous étions, beaucoup d'entre nous songeaient à emprunter une voie dont nous lûmes opportunément, sous la plume de Censor, l'analyse et la dénonciation. Je dois donc à Sanguinetti et à Debord d'avoir choisi l'amour — ce qui sonne vraiment étrangement —, car l'injouissant — et j'en étais un parfait spécimen — aime la mort. Et ce n'est pas tout à fait par hasard que j'ai écrit : « Éclater ou jouir, voilà la question centrale de l'humanité » ; — cette question centrale, c'était bien sûr aussi la mienne.

J'ai choisi la deuxième voie. Je ne le regrette pas.

Vous me demandiez, ma chère Arété, comment j'avais trouvé la beauté convulsive de l'amour et ses suites contemplatives… Je vous ai répondu : par hasard et, dans un premier temps, plutôt terrorisante.

Ce n'est que dans le cours de cette analyse primalo-reichienne — commencée à ce moment et dont j'ai déjà parlé — que — après avoir vidé en partie et pendant quelques années, mes colères, mes rages meurtrières, mes terreurs et mes désespoirs les plus archaïques — je m'y suis familiarisé, jusqu'à pouvoir m'y abandonner, en devenant, je crois, un homme sentimental plutôt qu'un méchant dialecticien sachant casser des briques, — ou, pire encore, un misérable arriviste mondain.

J'ajouterai que le puissant mouvement physiologique de cet abandon sentimental et poétique, on le perd et on le retrouve au gré de nos aventures sur le terrain de l'amour. Je ne vous détaillerai pas maintenant ce que furent les miennes, qui me font dire que cette grande fraîcheur d'âme et ce grand abandon qu'il réclame sont toujours à la merci de la colère, de la déception, dont la vie — même pour nous qui vivons au centre très relativement tranquille du malheur, environnés d'épouvante et de désolation — n'est jamais avare.

Au regard de tout cela, mes contemporains, qu'ils soient de fiers refoulés, de fanfarons néo-libertins — de province ou germanopratins —, ou encore d’évaporés spiritualistes, me paraissent tous des morts, ou, à tout le moins, de vieilles carnes, enfin pour ceux qui ne sont même plus — ou qui même n'ont jamais été — capables de se rendre compte à quel point il a fallu que leur cœur se brise — et que leur corp se fasse de bronze — pour en arriver à être ce qu'ils nous exposent avec cette candeur des roués, des illuminés et des chaisières enragées qui ignorent que la vraie vie est ailleurs.

Quant à ceux qui aujourd'hui semblent vouloir refuser d'être les otages des différentes mafias qui les tiennent, ils ne se libéreront pas plus de leur addiction pornographique que des autres sans retrouver la fraîcheur et la grâce que la vie et le monde leur ont volées, et qui se cachent sous l'enfer sadien des pulsions destructrices et autodestructrices — le Ça de Freud —, enfer sadien que reproduit un monde qu'ils fabriquent et reproduisent autant qu'il les déterminent.

On peut donc leur souhaiter bonne chance…

Arété m'a dit : « Mon cher, je vous remercie, vous avez été assez clair sur ce point. Mais cette Avant-garde sensualiste dont vous avez écrit le Manifeste, dans tout cela, à quel jeu joue-t-elle ? »

« Je dirais que le jeu de l'Avant-garde sensualiste est l'élaboration — à l'origine, vous l'avez vu, par quelques beach boys et beach queens idylliques — d'une utopie post-économiste, post-analytique et post-idolâtres, — et probablement, aussi, post-dystopique — basée sur l'extase harmonique des amants dans la jouissance charnelle, — extase ouvrant sur la béatitude, la jouissance du Temps… »


Arété m'a demandé : « Mais comment transformer le pauvre sauvage moderne en ce jouisseur idyllique et contemplatif dont vous parlez ? »

Je m'apprêtais à répondre lorsque Céline est arrivé.

Personne ne l'attendait, mais il tombait bien : il avait son idée sur le sujet.