dimanche 26 octobre 2014

L'Homme a créé le monde : le monde disparaîtra avec Lui















À Venise, sur les Zattere, avec Héloïse, Aristippe et Arété, nous avons parlé, tranquillement, en flanibulant.

Je disais :

« Il y a deux sortes d'Homme dans l'histoire : les dévots (de toutes sortes : religieux, athées, spiritualistes, matérialistes, optimistes, pessimistes…) — l'immense majorité —, et nous... »

Tous approuvaient…

« … Nous qui savons qui a créé le monde… »

Tous souriaient…

« Il y a ceux qui pensent qu'il est l’œuvre d'un Dieu, ou des dieux, — bons ou mauvais —, ou de la Vie, ou de la Volonté, ou de la Volonté de Puissance, ou de l'énergie primordiale etc.
Il y a ceux qui croient que l'univers — gouverné, pour les uns, par le hasard, pour les autres – et à l'inverse – par un strict déterminisme — est unique, et qu'il a été créé lors du Big Bang, il y a 13,8 milliards d'années, — ou qu'il est en création permanente ; il y a ceux qui croient que notre « univers » n'existe que parmi un nombre variable — ou même une infinité — d'autres  « univers » en création perpétuelle, qui pensent qu'il a (qu'ils ont) existé avant l'apparition de l'Homme, et qu'ils existeront après sa disparition éventuelle…

Mais rien de tout cela — qui bien sûr existe, d'une certaine façon… — n'a existé avant l'Homme. Et rien de tout cela n'existera après. Ni causalité ni principe de non-contradiction. Ni matière ni anti-matière. Ni Être ni Néant. Ni immanence ni transcendance :

Le peintre est dans le tableau, mais pas de tableau sans le peintre

L'Homme est un artiste : Il a créé le monde, — le monde disparaîtra avec Lui.  »

Aristippe réfléchit et dit :

« Comme au bon vieux temps, en flanibulant, sous le soleil ardent et le vent léger de ces Zattere, comme à Athènes, lorsque j'y "étudiais" et que Socrate "enseignait"… »

Puis, après avoir fait — d'enthousiasme — un délicat baise-main à Héloïse, comme pour la remercier d'exister, il dit encore en souriant :

« Ces vieux Grecs et leurs matrones… obligés de se rabattre sur leurs mignons, c'étaient malgré tout autre chose que vos professeurs pour bétail entechnicisé… »

Arété me souriait.

Nous nous assîmes à une terrasse face à la Guidecca. Nous allions attaquer notre quatrième Spritz Aperol. Héloïse, dans un sabir enjoué — inspiré par les trois premiers — où se mêlait la langue des troubadours et l'italien, nous rappela en riant un vieux dicton local, — dont elle avait oublié la version originale : « Uno spritz va bene, due spritz mèfia-te ! »

Le serveur, vénitien, pas triste, demanda, en français : « Et pour nos artistes ? »



La vie nous souriait !





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