mardi 14 octobre 2014

Comptine argotique






L'autre jour
Alors que je saluais
En soulevant légèrement du volant la main —
Un homme avec son chien
Sur une petite route déserte de la vallée
Qui nous menait à la ville prochaine
Dans un no man's land de campagne suburbanisé
En riant vous m'avez demandé
Pourquoi je faisais ce salut
À un parfait inconnu
Je vous ai répondu :
« Je salue un homme lorsque j'en croise un… »
Vous avez réfléchi un instant et vous avez ri
Et puis vous m'avez dit :
« Vous êtes comme Crocodile Dundee… »
(Un Australien capable de dézinguer
Des crocodiles commac
Rien qu'avec son canif
Ou même d'un simple bourre-pif —
Tout en mignottant une lady
Et qui à New York saluait les passants
Au prétexte que dans son outback
On saluait les humains
Lorsque l'on en croisait
Rarement
Un…)

Après réflexion
Nous sommes tombés d'accord
Depuis plus de douze ans
De l'engeance louche
Je dois en avoir croiser encore moins
Qu'un Australien dans son bush…

Crocodile dandy
Nous avons ri…

En y réfléchissant bien je me suis même aperçu
Que je n'avais jamais fréquenté
De toute ma vie
Que des femmes entre dix-sept et trente-cinq ans
(J'ignore même à quoi ressemblent les autres
De près —
Autrement que derrière un guichet…)
De jeunes pro-situs…
Pour commencer…
Des hippies…
Toutes sortes d'aventurières…
De belles contrebandières
Ou des mannequins…
Pour continuer…
De jeunes artistes à Berlin
Ou à Paris…
Et puis plus rien…

Et c'est vrai aussi des hommes
La dernière fois que j'en ai côtoyés
En vrai —
Ils avaient entre dix-sept et quarante ans :
De jeunes pro-situs…
Toutes sortes d'aventuriers…
Des contrebandiers flamboyants…
Des fêtards…
Des extrémistes buveurs de vins…
Et quelques arrivistes de l'art
Comptant pour rien…

Mes vrais amis sont depuis toujours morts
Le plus souvent avant ma naissance…
Je n'ai jamais eu de « connaissances » :
C'est le privilège de ceux qui n'ont jamais travaillé
À rien
Pour rien
Ni pour personne
Que de n'avoir jamais eu ni collègues
Ni confrères ni consœurs
Ni subordonnés ni supérieures
Personne à qui tirer les oreilles
Et personne pour oser tenter de tirer les leur

Depuis plus de vingt ans
Je vis ici
Libre comme un Romain sur ses terres
Et à la vérité
C'est évident —
C'est pour vivre ainsi que je suis né…

En y réfléchissant bien
Depuis l'âge de vingt ans
J'ai toujours vécu ainsi …
Je suis le dernier des Sudistes
Je suis de cette race
La plus détestée –
Par les grands financiers
Et surtout leurs Employés
De ces grands propriétaires
Aujourd'hui parfaitement désargentés —
Jugeant hautainement le monde entier
Depuis leurs haciendas
Réputés mauvais comme la teigne
Parce que vivant comme Montaigne
Des gens qu'on savait entourés de leurs hommes dévoués
La stricte vérité —
Et dont on colporte encore la terrible légende
En fait, une méchante propagande… —
Qui dit qu'ils laissaient crever de soif et de faim
Les légionnaires venus les protéger
De types aussi prompts à vous découper la calebasse
Qu'un troupeau de djihadistes
(Les prétextes passent…
Les passions charcutières — et leurs causes — persistent)

J'ai entretenu quelque temps des correspondances virtuelles
Avec un ancien condisciple
Ce qui vaut mieux que l'inverse —
(Qui comme moi l'ignorait)
Écrivain et critique
Et puis un Africain
Revenu d'Afrique –
Mais surtout de tout et du reste —
Tout deux fonctionnaires
L'un d'eux, balnéaire —
Et enfin un poète insulaire
D'une insularité autre que la mienne
Mais d'une insularité tout de même —
Et qui en tient les chroniques
Tout en contemplant la mer Tyrrhénienne

Les pauvres gens aiment les professeurs
Ça les rassure
Pourtant
Mis à part ceux que je citais —
Ce n'est vraiment pas ce qu'il y a de meilleur
Pour la pensée
La poésie
La littérature
C'est ce que me disait le meilleur de mes professeurs
De philosophie
Voulant me donner le courage d'aller voir ailleurs –
Ce dont je le remercie —
Qui se nourrissent
Bien plus évidemment
D'aventures
De liberté
Et de ris
Qu'on pense à Casanova
À Montaigne
Ou à Ikkyu —
(Mais aujourd'hui
Tout le monde sait —
Il n'y a plus que des fous
Et plus du tout de ris…
C'est le règne
Des cafards
Des viandards
Et des cancrelats
Qui aiment la guerre…
Qui vont l'avoir —
Qui l'ont déjà…)

Pour moi
J'écris pour les jeunes filles
Ces petites agates – ces pierres fines 
Du pur Yin
Pour qu'il ne soit pas dit
Que dans cette époque
Pas vraiment loufoque
Il ne se soit trouvé aucun gentleman
Pour rembarrer d'un bourre-pif
Poétique
Définitif
D'un koan —
Les tyrannosaures microcosmiques
Les gueuzes et les gueux maussades
D'après Sade
Cherchant à leur faire honte
Tout en leur faisant croire
Toujours
Qu'en amour elles n'auraient qu'une gloire :
C'est qu'on les démonte…


J'écris donc de l'amour
La suite de l'histoire…



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