mercredi 8 octobre 2014

Rigodons et guilleretterie







D'abord vous sauvez Gustave Flaubert
Totalement terrorisé
En train d'étouffer
Entre le haut d'un vieux mur et la volige
Au moment même où j'imaginais
Qu'il allait falloir démonter le toit
Pour le sortir de là…
Quel prodige !

Gustave vous mord un peu…
Dans son effroi…
Nous le retrouverons plus tard
Dormant comme un capucin
Car il dort comme ça… —
Sur un coussin

Ce cher Flaubert
Ne semble pas avoir entendu parler
Du stress post-traumatique
Ni de rien de tout ça…
Ainsi sont les chats…
Et je pense alors à Bébert
Au milieu du Reich apocalyptique…

Ici, ce n'est pas encore tout à fait la guerre
Enfin, celle que l'on fait avec des armes à feu —
Pourtant, nos chats ne vivent jamais bien vieux
Un an ou deux —
Puis ils disparaissent dans la nature
Qui nous submerge —
Où ils se battent entre eux…
(Bien que je soupçonne quelques ordures
Des viandeux —
De n'y être pas pour peu…)

Il y a quelque temps
M'entretenant avec Flaubert
Et puis son frère
Celui qui fait le poirier et marche sur les pattes de devant —
Je leur disais que sans cette éternelle danse
De l'impermanence
Qu'accélère peut-être la malfaisance —
Je n'aurais jamais eu le plaisir de les voir faire
Tous ces tours merveilleux
Que je n'avais vus à aucun de leurs prédécesseurs
Pourtant tous élégants jouisseurs
Délicieux
Et mes maîtres – aussi – un peu… —
« Ainsi passerons-nous tous
Leur disais-je —
Pour laisser la place
À d'autres…
Toujours différents
Toujours merveilleux… »

À voir Flaubert et son frère
S'étirer
Allongés sur le dos
J'avais compris que l'affaire
Ne les intéressait guère
Que « le dossier »
Comme on dit dans les ministères —
« Était clos »

Ayant retenu la leçon
Du rien après, rien avant
De l'ici et maintenant
Et des déploiements ondoyeux
Voluptueux
Je vous ai invitée à un rendez-vous galant…
Impressionné par votre sauvetage par transfert
Miraculeux —
De Flaubert

Ce qu'on ne dit pas
Ou que l'on dit peu —
C'est que des beaux amants les corps
Conversent
Directement entre eux…
Ils ont une joie bien à eux
S'attendent avec impatience
Se caressent
Avec fougue, délicatesse, science
Puis s'interpénètrent
Dans la mirobolance
S'extasient de leur congruence
Halètent de l'accord mélodieux
De leurs différences
Qui les exténue tout de même un peu…
Par son miraculeux… —

Ensuite leur danse
Est la vraie danse des dieux
Où le fabuleux
Le dispute à l'onduleux
Le soyeux au merveilleux

En transe
Leur insouciance
Leur fait toucher les cieux

Majestueux
Fastueux
Torrentueux
Ils illuminent le monde
Qui n'a jamais existé que pour et par eux

Le mieux à faire :
Les laisser faire…
Fermer les yeux…
S'abandonner au jeu…
Abandonner le Je
Se laisser emporter par la grâce  
Où tout se passe…

    Hé quoi ! Que faire de mieux 
    Que de laisser faire la chance
    Quand elle vous caresse de ses outrances…

(Tout de même…
Et pour en revenir à la guerre —
Je ne m'attendais pas
À ce que ce rendez-vous galant-là
Se finisse en Hiroshima…)

Mon amour
Votre amour
Est pour moi
La bombe H…
Et la bombe A…
Et même la bombe H. A.
Et
S'il faut un jour finir
J'aimerais que ce soit ainsi
Dans le sommeil d'amour qui suit vos bras…
Je vous l'ai dit sans rire
Espérant que vous ne m'en voudriez pas
Et que passé le premier choc
Vous vous réjouiriez pour moi…

Après vous avoir vue pensive
Je vous ai vue sourire
Et puis vous étirer
Allongée sur le dos
Et j'ai compris que l'affaire
Ne vous intéressait plus guère
Que « le dossier »
Comme l'on dit dans les ministères —
« Était clos »

Mon amour
Je ne sais dire que ça —
Mon seul regret est de ne pas vous avoir connue plus tôt…
J'avais été amoureux
Quelquefois
Pendant les dix ans précédents
Et puis peu à peu
Le sexe était devenu un jeu
Où l'alcool et les produits
Ne m'arrangeaient pas
Bien au contraire… —
Je n'ignore donc rien
Des passions de charcutiers, de charcutières
De mes contemporains
Pour le boyau
Les fluides corporels
Les « jeux sexuels »
Et je peux même prédire dix milliards de clics
Au premier ou à la première
Qui fera ressortir le tuyau…
Par le bas ou par le haut —

À la vérité
Avec ce bel amour
Et tous ses beaux discours
Nous nous sommes mis hors monde…
Voilà le plus beau

Épicure avait bien son Jardin
Mais il y réunissait sa secte
Nous
Galants contemplatifs libertins
Nous avons notre Domaine
Ces soixante-cinq hectares qui dominent la plaine —
Naturellement beaucoup plus select —
Nous ne recevons jamais personne
Ça étonne —
Et où nous nous promenons d'ailleurs
Sans jamais rencontrer âme qui vive…
Mais y en a-t-il qui vivent
Vraiment…
Des âmes
Ailleurs… ?

Les philosophes
Ont toujours compensé leur injouissance
Par le sentiment de puissance
Que leur donnaient leurs disciples
Quand les amants
À travers le temps
Galants
Contemplatifs
Tout à leur jouissance
Océaniques
Ont toujours recherché l'intimité
Et toujours pensé
Que ce qui pouvait leur arriver de mieux
C'était d'être ignorés

J'avais écrit
Dissuasif —
En détournant les situs :

JEUNES GENS, JEUNES FILLES
Quelque aptitude au dépassement, au jeu
Et à l’amour abandonné.
Sans connaissances spéciales.
Si intelligents ou beaux,
Vous pouvez donner un sens à l’Histoire
AVEC LES SENSUALISTES.
Ne pas téléphoner ; ne pas se présenter.
Vivez, aimez, écrivez, créez.

Si un jour certains lisent ceci
Et qu'ils en ont encore l'usage
C'est ce qu'ils pourront faire de mieux…

Et sinon qu'ils trouvent autour d'eux
De ces jeunes gens, de ces jeunes filles
Auxquels faire passer le message…


Et maintenant, ma Chère, vous m'accorderez
Qu'après avoir brassé tant d'air
Il est temps que j'aille imiter Gustave Flaubert
Que je vois tout pelotonné… —
Et dormir avant potron-minet…




Le 9 octobre 2014, au point du jour.





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