lundi 29 septembre 2014

De l'amour




J'étais si heureux
Pour cet anniversaire…
La joie d'être vivant…
La joie d'être là…
Dans vos bras…
Qui aurait pu dire que j'en arriverais jusque là
Quand tous mes amis sont sûrement morts…
Quand ils n'ont pas repris les affaires de papa…
Mais qui leur en voudra…

Vraiment quelle grande effervescence de joie !
Au Spritz Aperol et au champagne
Dans notre campagne
Comme à Venise
Grâce à vous, Héloïse —
Et puis plus encore
En découvrant le carrom
Que vous m'aviez caché jusque-là
Qui nous rappelait 
Avec le backgammon
Nos premiers jeux d'amants
Sur le sable
Là-bas
En Inde
Ou plutôt à Goa…
Avant d'y retourner
Avec ces billets
Au bon moment…
J'étais si heureux à cet instant
Il y a un peu plus d'une semaine de cela

Pourtant le tonnerre
Les éclairs
Et surtout la foudre —
Étaient venus quelque jours plus tôt
Saluer à leur façon
Mon apparition dans le monde…
Mais cela ne nous affectait pas
Ces détails nous les balayions dans notre joie

Aujourd'hui ce qui m'émeut
C'est le souvenir merveilleux
Du Paradis
L'amour au ralenti
Vos ondulations
Ultra-lentes
Ultra-sensibles
Vos retraits subtils
—… –
… —
Vos caressements ultra-délicats
Dans l'étonnement de cet abandon
À l'extrême limite du jouissement —
Et de ce désir
Exubérant
Tout aussi ultradélicate
Tout aussi ultradélicate que
Le mouvement
Précieux
De nos âmes s'interpénétrant
À cet instant —
Tout ce long mouvement
De l'amour au ralenti
Moi parfois seulement
… —
Jusqu'à votre retrait délicat
Malgré mes rappels gracieux…

Et puis ensuite
La sensation inédite
De votre corridor de velours
Onctueux
Avec
Après un long et excessif mouvement —
Notre jouissance explosive
Et puis toujours reprenant
Moi pratiquant
Spontanément
L'art du Tao
Prolongeant
Jusqu'à plus soif
Notre merveilleux chaos
Qui est plutôt
La manifestation du mouvement même du monde
À son période le plus somptueux
Le plus beau

Pourtant avant d'en arriver là
Il y a quelques jours de cela —
Nous étions restés longtemps tendus
Par toutes nos préoccupations
Cherchant longuement
Allongés dans la pénombre de notre chambre
En parlant de choses et d'autres —
La porte qui mène à l'Éden
Cette connivence
Ces rires complices
Balayant nos soucis et leurs silences
Tournant longtemps avant de les trouver…

S 'il y a un secret dans notre art d'aimer
C'est que nous ne sommes jamais guidés
Que par notre seul désir :
J'ai perdu avec vous
Depuis près de vingt ans
Le goût du vin et de la fumée
Que vous n'avez jamais eu —
De sorte qu'ils ne président jamais
Et n'ont jamais forcé
Nos émois…
C'est donc de cœur à cœur
Que nous nous ouvrons l'un à l'autre
Et sinon nous en resterions là…
Mais cela n'arrive pas…

Aujourd'hui nous jouions de paraboles
Pour ainsi dire —
Dans un demi crachin
Assis dans le foin :
Cela nous faisait rire…
On se disait en en respirant le parfum
Dans la douceur humide de l'automne :
Il y a pire…
Tu m'étonnes…

Ce qui m'étonne vraiment
C'est de redécouvrir à chaque fois l'amour
Comme un sentiment…
Si délicatement galant…
Si précieusement contemplatif

Héloïse
Je vous aime
Infiniment…




Le 30 septembre 2014



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