mercredi 4 juin 2014

Quelque part depuis Biarritz — en 1986






Charmes, grâce...




Même jour, seize heures. Plein soleil. Mouvements pelviens spontanés ; grande sensibilité génitale. —


L'analyse n'était pas censée nous donner ce scepticisme de bon ton mais cette grande puissance génitale, la force, la maturité, la possibilité de désirer, de désirer se fondre puissamment, génitalement.

Nous ne devions pas nous perdre éternellement dans les méandres de la symbolisation de nos traumas passés, mais les revivre totalement, directement, être de nouveau immergés en eux, et, par cette libération des affects refoulés, par ce revécu de nos peurs, de nos terreurs les plus intenses, de nos colères les plus terribles, de nos extases les plus divines (“aux anges...”), retrouver l'essentiel de notre être, de notre force, de notre humanité, de notre capacité à désirer et à nous abandonner à nos sentiments de confiance, d'amour, de force, à laisser parler en nous cette vague puissante de la vie ondulante qui passe toujours par notre cœur, et que guide notre esprit (la culture).

L'analyse ne devait pas nous conduire à ce renforcement de la paralysie initiale des exigences et des capacités d'extension de la vie, qu'est la névrose, par une charge intellectuelle supplémentaire, poids supplémentaire sur le couvercle de la marmite des sentiments refoulés, du vécu inconscient, mais, bien au contraire, à faire sauter la marmite, les résistances — avec leurs variantes de compréhension théorique – voir Israël citant Freud —, et, par ce fait, libérer finalement l'homme aux couleurs d'or, au cœur d'or, aux mains de tendresse et de force, au sexe turgescent de désir infini, prêt à danser la danse cosmique de la vie, sur les plages, avec l'air du Temps, l'or du Temps, les charmes de la vie, si contrariée fût-elle (l'exquise beauté des jeunes filles indiennes ou vénitiennes), partageant son temps entre d'aimables et profondes conversations, de belles balades à la recherche de l'amitié (l'égalité des amis) et de l'amour (l'égalité des amants).
Et l'on peut dire qu'il en fût ainsi : l'enfer fut l'enfer (avec des touches sublimes de bonheur et de vie) ; le paradis, le paradis.
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Nous devions devenir ces beach-boys théoriciens (ces hommes solaires qui, le soir, se couvrent des parures de la soie, pour faire vibrer profondément, la voix grave et tendre, le regard doux, de fières femmes qui auraient emprunté les mêmes chemins que nous). Après avoir pleuré, vomi, crié, imploré, été morts de peur, de rage, de désespoir, mille fois, et pour mille pauvres petites raisons — mais qui pourtant pour nous étaient tout — nous devions sentir de nouveau la force, la vie, le désir, la libido coulant dans nos veines, de la tête aux pieds, irriguer chaque millimètre de notre peau, gonfler nos queues du désir même de la vie (ce que la théorie appelle pudiquement le rétablissement de la libido génitale), gonfler nos cœurs de joie, de sentiments, d'humanité, d'amitié ou d'amour.
L'homme vrai sans situation, en nous, devait enfin pouvoir se réaliser, s'exprimer de mille façons.






Nous n'avons pas cherché des formes aisées ou tranquilles de la survie ; mais plutôt la vie à son point d'éblouissement et de vibration le plus extrême. Et nous avons décidé que nous bouleverserions le monde. Mais ce bouleversement-là est un jeu, et son résultat est une vie tout entière dédiée au badinage, à la frivolité, aux jeux et aux extases.


 Le 16 Juillet 1991.




In Avant-garde Sensualiste. n° 2. Janvier-Décembre 2004.








R.C. Vaudey. Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 1990-1991



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