vendredi 21 mars 2014

LA JOIE D'ÊTRE






Au matin
Nous sommes d'abord
Sans voix
À regarder
Le silence de l'hiver qui nous entoure
De son calme
Absolu

Si le monde partout
Souffre
Du bruit et de la fureur
Ici pourtant
Et pour nous
Il se tait soudain

Le silence contemplé
À deux
Dans l'amour
Est comme un immense gouffre
Qui s'ouvre
Majestueusement
Et toujours
Nous surprend...
On peut le faire disparaître
Rien qu'en le remarquant
Tellement
Il est subtil et
Évanescent…

Lorsqu'il vous saisit
Dans la plus ou moins grande agitation de la vie et de l'esprit
Vous reconnaissez
Immédiatement
Sa profonde magie et
Vous remerciez la vie
De vous offrir
De nouveau
Son miracle
Vous n'osez y croire
Craignant que quelque pensée
Plus ou moins vague
Ne vienne
Le troubler et le dissoudre...
Et d'abord cette pensée-là :
Cette crainte vague... !

Mais non !
Votre tête et votre beau visage
S'abandonnent sur mon épaule
Vous ne dites plus rien
Enfin nos esprits sont
Dans le Vague du Temps
Perdus dans la pure contemplation du silence et du jour
Totalement calmes et sans vent
Où la plus petite
Brindille des buissons
Et des arbres
Est absolument sans mouvements
Et nous avec

À ce degré étrange
Et si rare
Nous goûtons
La douceur de l'amour
Sans paroles
Sans pensées
Et sans subvocations…

C'est notre vocation
Sans doute
Elle-même
Plutôt muette
Parce que rare
Que de goûter ainsi
Pleinement
Le silence de la jouissance du Temps...

À nous voir aujourd'hui ainsi perdus de douceur
Dans le silence amoureux sidéral de nos esprits
Au cœur de nos terres
On imaginerait mal
Nos soupirs et nos râles
De joie joueuse et animale
Nos grands appétits
Et leurs mouvements
Exaltants
Tout ce qui puissamment
Et si délicieusement
Nous animait
Hier dans l'amour
Exalté-exaltant...

Mon corps se souvient
Maintenant
Précisément
De ces sensations foudroyantes
Et bonnes
Lorsque nous nous aimions...
De la joie et de
L'amour que nous nous donnions...

La joie
L'enthousiasme
La volupté
Des sensations
Les cris
Les râles
Les éjaculations — celles que l'on retarde – gourmand —
Celle qui dévale et dissout le monde pour nous
La magie péristaltique des ondulations et la félicité que l'on en ressent
Le beau bouillonnement et tous les échauffements de l'amour ardent qui nous donnent
Le rouge aux joues, aux seins, aux cuisses, aux épaules et partout
La fièvre coruscante qui m'étreint
Voilà tout ce que l'on aime
Ça et rien d'autre —
Avec la musique sacrée de Mozart et
Le soir
Plus tard
Et encore ce matin
Marcus Miller avec
Sa grande santé
Virtuose impériale
Subtile et délicate
Qui ressemble à la nôtre
Qui n'est pas de l'ordre de celles
Qui font vibrer les foules
Mais que nous expérimentons avec ce même bonheur 
Qui vous fait remercier le ciel...

La grande santé
Virtuose impériale
Subtile et délicate
Dans l'amour
Voilà donc
Ce dont le ciel
Nous a fait don
Avec le grand goût du silence
Qui va avec

Remerciant ceux que caresse la grâce
Et qui nous l'offrent dans le puissant déploiement de ce qu'ils sont
Nous savourons la joie d'être
Et nous nous taisons…





Février 2009




Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2006-2009




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