dimanche 3 février 2013

Ectogénèse, pornographie de la démolition, guerre des sexes : folies et misère de l’injouissant contemporain





Julia Kristeva (qui n'a bien sûr rien à voir avec l'A.S, ses thèses et ce qui suit), dans le numéro 99 de L'Infini, reprenant les observations de Mélanie Klein – à propos de la position schizoparanoïde du nourrisson –  a bien montré, en passant, comment la relation à la mère est difficile et déterminante pour les deux sexes : les hommes et les femmes.

C'est justement ce point qui permet de bien comprendre pourquoi le dépassement de cette guerre des sexes qui marque le monde, et cette réalisation de la rencontre amoureuse entre les sexes opposés, – dont nous parlons tant et trop au goût de certains – est le problème essentiel de l'humanité : simplement parce que sa résolution suppose, mais promet également, des femmes apaisées et donc un rapport entre ces femmes, ces mères et leurs nourrissons aussi peu pathologique que possible ; ce qui, à son tour, peut laisser espérer des hommes moins marqués par la violence et la folie que ceux que nous connaissons aujourd'hui.
Germaine Tillon avait noté dans “Le harem et les cousins” combien les hommes, dans la domination patriarcale, sont eux-mêmes (comme enfants, comme maris...) victimes du mauvais sort qu'ils font aux femmes.

D'autres périodes de l'histoire de l'humanité, et d'autres groupes humains, ont montré que le degré de folie des mères était variable et que le degré de perversion et de démence qui entrait dans leurs relations avec leurs enfants pouvait varier aussi – et à la baisse, par rapport à ce que nous connaissons  – en proportion de leur degré de liberté et d'influence dans un groupe donné.

C'est ce mouvement global (de la métamorphose historique positive possible des êtres humains) qui tout à la fois se nourrit de la re-co-naissance des individualités, et de leur intimité, découvrant la puissance, la délicatesse, la beauté et la jouissance du Temps et qui, dans un même mouvement, produit (et devra produire) dans sa progression effective, des individus, des situations et des caractères, délicats dans la puissance, puissants dans la délicatesse, beaux dans le temps de la jouissance et jouissant dans la beauté du Temps, que l'Avant-garde sensualiste manifeste et veut inspirer ; et pour ces raisons que nous venons de dire ; sans s'attarder aucunement sur les groupes de pression  du moment, et leurs objections, qui ne font que manifester les fantaisies, historiquement incontournables, qui les ont menés, les mènent et les mèneront probablement toute leur vie sans que jamais ne s'éveille pour eux ce que Julia Kristeva ne peut si bien nommer que pour l'avoir souvent, probablement comme analyste, vu à l'œuvre : “le sens du jugement qui accompagne la grâce de la catharsis”.
Qui a compris cela, a compris le sens de la désoccultation de l'Avant-garde sensualiste, et pourquoi nous avons pris la peine de livrer à un public, si restreint soit-t-il, la connaissance d'œuvres et d'écrits qui appartiennent justement à la sphère de l'intime, faisant, de surcroît, fi du peu de cas que nous faisons des goûts et du jugement des hommes de notre époque.

C'est sur la base de ce noyau – profondément enfoui, généralement inaperçu, mais intensément et sourdement actif et déterminant – des souffrances pré et périnatales qui se nourrissent, le plus souvent, des souffrances des mères – marquées par la guerre des sexes et donc l'impossibilité de la rencontre amoureuse – que se construit l'hypersensibilité aux traumas ultérieurs de l'existence qui entraînent l'affaiblissement névrotique des individus, leurs fixations collantes à des stades infantiles du développement de leur personnalité, qui minent ainsi, tout à la fois, la possibilité de la reconnaissance de l'autre, de la jouissance du monde, de l'affirmation de soi et donc de l'intimité.

C'est de cette même zone mortelle, originelle et archaïque, ignorée, que se nourrissent – quelles que soient les rationalisations qui prétendent les justifier – tant les fantaisies autour de l'ectogénèse, de la décorporisation du développement fœtal de l'humain (c'est-à-dire en fait autour du désir de sa déshumanisation, de sa désensualisation) que les fantaisies massacrantes sexualisées.


C'est faute de pouvoir au moins comprendre cela, au mieux l'explorer un peu pour avoir la chance de voir s'éveiller ce “sens du jugement qui accompagne la grâce de la catharsis” que tant d'êtres humains (hommes et femmes) aujourd'hui manifestent une telle haine et une telle violence à l'égard des femmes et de leurs ventres, et fantasment l'élimination de la mère et son remplacement par la machine (qui, ironiquement, partout dans leur vie quotidienne les enferme et les broie) jetant ainsi la sensorialité, la volupté des futurs bébés avec les eaux du souvenir perdu, mais rémanent, des traumatismes de leur “premier” et mauvais bain.





Avant-garde sensualiste 4  Juillet 2006/mai 2008