vendredi 14 septembre 2012

A.S.H.A.










La tendance à l'idolâtrie chez les humains est constante, universelle, impénitente, le signe de la perte ou de l'inconnaissance de la joie de vivre, de créer, d'aimer, le signe de l'incapacité à se laisser aller à la joie de vivre, de créer, d'aimer véritablement.
Je pense par exemple à ce symbole du Aum 


in “Tantra. Le culte de la Féminité” ; A. van Lysebeth.




et à sa genèse telle que l'expliquent les “pratiquants” du Tantra, je pense donc à ce symbole qui, un jour, a dû être tracé sur le sable, sans paroles, sans pensée, ou délicieusement et en riant, par des amants — l'un ou l'autre — et qui est devenu l'objet d'un culte et d'une adoration souffreteuse, “ravie”, en manque ou en excès, douloureuse toujours, au fond, tout à fait dépourvue de la sensation de l'amour vrai, d'humour et du sentiment de la joie de la vie ; et de la joie du vit, tout aussi bien.


Je pense aussi à ce symbole du Yin et du Yang




qui, un jour, il y a bien longtemps, a dû être, lui aussi, tracé par des amants — l'un ou l'autre —  d'une main inspirée, ardente, aimante, amoureuse et qui est aujourd'hui pour beaucoup d'adeptes des spiritualités extrême-orientales (l'adepte est dans le domaine du “religieux”, du “spirituel”, l'équivalent de ce qu'est le militant dans l'ordre du “politique”) un symbole tout chargé de significations mystérieuses et fumeuses et tout à fait séparé du sentiment de l'amour vrai, de l'humour et de la joie de la vie ; et de la joie du vit, tout aussi bien.


La séparation d'avec soi-même comme centre du monde (et donc aussi, dans un même mouvement, d'avec l'autre et le monde) comme centre bienfaisant, dans tous les sens du terme, voilà donc bien l'alpha et l'oméga et ce qui caractérise le rapport de l'injouissant historique, (quelles que soient les formes qu'il prenne : “religieuses”, “spirituelles”, “politiques”, “artistiques” etc.) à ce qu'il rencontre. Il ne voit partout que des maîtres ou des esclaves, se crée et se heurte partout à des totems et à des tabous, qu'il vénère et devant lesquels il se prosterne, ou qu'il piétine et sur lesquels il danse avec rage – qu'importe, l'empêchement est le même –, il transforme tout ce qu'il touche en reliques et en fétiches qu'il exhibe toujours fièrement ou reste toujours à la recherche de nouveaux grigris. Avec lui, les expressions spontanées de la joie, de la douceur, et de la jouissance du Temps se transforment en objets de culte et d'abrutissement.


J'ai eu la chance de voir tracé un jour devant moi — moi très vivant — par Héloïse, son monogramme (deux cœurs, qui sont aussi un sexe de femme et un sexe d'homme, qui se mêlent et se confondent — et qui est aussi, peut-être, un signe du temps, inverse de celui que représente le sablier... — qui est devenu l’Asha, le seing de l'Avant-garde sensualiste, et que je crois tout à fait être la manifestation inespérée, inattendue, inspirée, et qui s'est imposée à Héloïse sans aucun calcul préalable de sa part, de cette nouvelle époque de l'humanité et de ce qui la caractérise (le dépassement, dans et par la volupté et la jouissance puissante et paisible du Temps, de l’ancestrale guerre des sexes...), et qui s'est ainsi manifesté sans qu’elle n’y ait d'abord songé.
Je l'ai vu faire ce signe de lendemain, en riant, enamourée, ardente, spontanément, sans en mesurer ni les conséquences ni la portée, tout d'abord. C'est-à-dire comme il se doit.


Et j'écris ceci pour que personne jamais n'oublie cela et que la grâce ardente et délicieuse, joueuse, qui présidait à cette éclosion ne s'oublie pas et ne se transforme jamais en son contraire.
Et, aussi, pour montrer comment et à partir de quoi il faut toujours créer l’or du Temps ou le reprendre aux usurpateurs et autres bigots pour le rendre aux voluptueux ; comment il faut, toujours, reprendre l'or... le partager, s'amuser des jobards ou des gourdes, ou l'inverse, explorer des routes, éclairer ceux qui ne sont pas morts, éduquer au passage des éducateurs, tout en allant au jour le jour, en marge du conformisme social et de la respectabilité, c’est-à-dire comment, on le sait maintenant,  il faut vivre en gentilhomme de fortune.







Le 27 novembre 2005




Avant-garde sensualiste n°3  janvier2005/juin2006