mercredi 14 décembre 2011

Lettre sur Kerouac



Si l'on voit bien comment, du point de vue d'une aristocratie du sang, de la terre – pour tout dire de droit divin – on a pu, et on peut, légitimement, considérer Casanova comme un vulgaire haut-le-pied, et si l'on voit bien comment, de ce même point de vue, on peut considérer Kerouac comme un quelconque va-nu-pieds et un représentant, particulièrement misérable de « la culture du pauvre » (que l'on nomme pop-culture lorsque l'on y est favorable ou que l'on en participe), on voit mal de quel point de vue on peut qualifier Kerouac de « loser », de perdant,  fût-il magnifique.

Si un homme a pu écrire – et vivre, par-dessus tout – ce qu’il nous donne à lire sur l'amour, n'est-on pas en droit de le voir, sinon en passant (considérable) – pour reprendre le mot de Mallarmé à propos de Rimbaud –, au moins en triomphateur : de la misère poétique générale des rencontres et des existences ; des esprits et des plumes standardisés qui les traduisent.

Il faut juger de la qualité des hommes par la hauteur des vagues (amoureuses ou océaniques) qu'ils prennent, et par le courage, la persévérance et la grâce qu'ils montrent à le faire ; et non par la façon dont ils échouent, finalement, sur la grève.