vendredi 1 juin 2012

Et prouvant les flambloyances...





Héloïse Angilbert
Tapis volant
Œuvre numérique. 2003






Vous m'avez lissé le cœur
L'âme
Et le corps
Vous avez rallumé la Lampe d'Aladin
Et notre bon génie s'est réveillé

Vous avez déplié
Tous les tapis volants
Et ouvert grand
La route de la soie
Dans la chambre des extases
Où s'accomplit l'inespéré

J'étais au départ comme engourdi
Et je sentais cette énergie me picoter le corps
Du bout des doigts à la pointe de mes pieds
Tandis que s'irriguait de nouveau mon corps
Sous l'embrasement gourmand de nos baisers…

De l'âme du cœur et du corps repliés
Me revoilà de nouveau en Grand Héros…

L'onctuosité de nos amours
Leur délicatesse feutrée
Leur cheminement lent
Ralenti ou arrêté
Ni vous ni moi ne pouvons les supporter
Sans les cris de la joie
Les feulements de la volupté

Nous avançons
Vous et moi
La tête haute
Et même renversée
Dans les mâchés-coulés
Les ondulations chaloupées
Les grands huit embrasés
Les in extenso immenses en arrêt

C'est la grande danse
L'Immensité-Aisée
De la belle jouissance
Qui de nous deux s'est emparée
Et nous nous cramponnons parfois
Comme nous pouvons
Moi à vos hanches
Vous aux oreillers
Étouffant ou non le râle
Que nous arrache l'onctuosité
La suavité
Le divin velouté
Les délices à peine supportés
De l'amour aimé

Autour de nous le monde gronde
De sa longue impossibilité d'aimer
Que tout semble aggraver en accéléré

Négligeant ces incidences
Nous déployons la Providence
Omettant ces rages denses
Nous lissons le grain des sens
Et dédaignant de la barbarie les outrances
Sur le tapis volant
Sur-volant
La route de la soie
Notre Lampe d'Aladin bien allumée
Le génie bien réveillé
Dans la chambre des extases
Aux dimensions de l'univers redessinée
Aux dimensions
De l'univers que nous sommes en train de redessiner
Nous éprouvons les flamboyances
Nous concevons les félicités
Nous caressons la chance
Nous entre-voyons la perpétuité
(Entre…voyons…la Perpétuité !)
Nous étreignons de la beauté les évidences
Et en nous enserrant très fort
De nos bras nos corps
Enfouis au cœur incandescent
Qui nous absorbe
Dans le Grand Rythme aspiré-dansé
Nous projetons de notre être la divinité…

Héloïse
Je vous aime





R.C. Vaudey 

Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2002-2003

vendredi 25 mai 2012

MADAM, IN EDEN I'M ADAM




MADAM, IN EDEN I'M ADAM

 Acrylique sur drap.
23 mai 2012
 285 x 185 cm
 





Le retour de la grande Joie
Déliée
Pelvienne
Le grand bassin dansant
Allègrement
Avec un appétit et une joie de titan
Nous
Gorgés et jutant
De sève
Comme tout autour de nous
— Nous enserrant dans un affeuillement mirobolant
Et somptueusement caressant
Comme une immense étreinte chlorophyllienne
Où le soleil et l'eau
S'épousent et engendrent le beau
Le bon le grand
Sous la forme du jaillissement somptueux de la vie –
Faune
Flore
Symphonie
Appétit… —
Les bois
Au cœur même de ce qui semble être l'Éden
Où bien sûr vous êtes Ève
Tandis qu'évidemment je suis Adam

C'est dans cette chaude féerie
— Caressée par la pluie et ses trombes —
Qu'on se retrouve riants
Au lit
Étirés de plaisir et de rires
Prêts comme jamais
Pour les grands bouleversements

L'entrée de jeu est un prodige
Qui nous éblouit tous les deux
— Mais je l'ai dit
Nous sommes au Paradis
Et le fruit de l'Arbre de vie
C'est la première fois
Que nous le goûtons…

— Je ressens encore
Tandis qu'alanguis je dicte ceci
À plus d'un jour de là
L'intense miracle de votre corps
La succion velouteuse et forte
Aimante passionnément
De votre [... ] [... ] de soie
Et le baiser éperdu
Qu'abouchées à moi
Me faisaient vos [... ] utérines… —

Baisers
Internes
Intimes
Envolées
Succions
Vifs mouvements
Douces caressées
— En alternant ou non
Au gré
De gré à gré —
Seront la suite de ce premier prodige
— Dis-je —
Qui dans la violine
Et l'or
Nous a menés
Grand train
Jusqu'au point
Où le Temps s'illumine
Dans cet enfouissement profond
Qui est aussi bien un envolement
Où nous parcourons
Fabuleusement
Abondamment
Tout l'infini déploiement
Du plus juteux
Du plus explandissant
Des jouissements…

L'amour charnel est une suite rare
Dont peu connaissent le déroulement…

Pour peu qu'on lui accorde le temps
Il y a un Avant
Où s'ouvre déjà le monde
Dans la contemplation
Océanique
— Pré-orgastique
Évidemment —
Et qui est déjà pour ainsi dire le prélude
Les véritables préliminaires
Du concert
Que l'on attend…

Il y a surtout
Après l'ivresse et l'éblouissement
Ces jours qui suivent dans l'alanguissement
Poétique suprême
— Où plus rien n'est important —
L'insouciance contemplative
Océanique
— Post-orgastique
Évidemment —
Les gestes caressants
L'intimité
L'enamourement…

Il y a aussi le chant
Qui vient
Comme il me vient
En ce moment…

L'amour…
L'absolue insouciance contemplative…
Nos gestes caressants…
L'intimité…
Le chant…

Ma Dame
Dans vos bras
Et dans l'Éden
Je suis Adam !

  




Le 21 mai 2012.





Bouche bée…


Posé sur la Terrasse du Monde
Que balaie
Si élégamment
Le vent
Qui retourne sans cesse
— Sous le soleil enveloppant —
Les feuilles
En blanc
Et que je sens caressant
Mon torse nu
Comme une amante
Émue
— Que je sens
Étrangement aimant —
Comme le monde me caressant
Je regarde au loin
Le velouté des petits monts
Les prés
Les vergers
Et les vignes
Doux comme la vallée
Du même nom

Interrompu souvent d'écrire
Par on ne sait quel prodige
Sans mots
Et sans nom
Restant là
Bouche bée
Sur la Terrasse du Temps
Je vous vois
Belle et fragile
Avec une belle énergie
Recherchant la beauté
Accompagnée des trilles
De je ne sais quels oiselets
Sur la Terrasse du Monde
Et dans le vent caressant
Belle comme la promesse
Que vous êtes
Du miracle de la volupté
Dont
À cet instant
Sans y penser
On se demande par quel enchantement il peut passer
Celui d'être par le monde
Ainsi caressé


Le 19 mai 2012.


jeudi 24 mai 2012

samedi 19 mai 2012

La société de l'Injouissance et son secret






Récapitulons :

— L'amour, sentimental et abandonné, et la jouissance amoureuse sont les voies royales qui mènent et ouvrent non seulement à l'extase harmonique mais aussi, dans un même beau et puissant mouvement, à la contemplation.

— L'amour, sentimental et abandonné, l'extase harmonique et la contemplation sont ce qui distingue du reste le libertinage idyllique et les Libertins-Idylliques.

— La contemplation — « ce bien inestimable de pouvoir, sans rupture, rester fidèle aux instincts contemplatifs de l'enfance et d'atteindre par là à un calme, à une unité, à une cohérence et à une harmonie dont celui qu'attire la lutte pour la vie ne peut même pas avoir une idée. » comme Nietzsche le notait déjà en 1872 dans ses considérations Sur l'avenir de nos établissements d'enseignement — est, toujours selon lui, « la seule compréhension vraie et instinctive de la nature » : avec l'amour, l'alpha et oméga ; ce que pour notre part nous avons dit ainsi, en détournant Wilde :

Si un homme est un Libertin-Idyllique et un gentilhomme de fortune, il en sait toujours assez long, et s'il ne l'est pas, il peut bien savoir tout ce qu'il veut, cela ne peut que lui nuire.

— Que l'amour charnel pût ouvrir au sentiment océanique et à la contemplation était, jusqu'à ce que nous le disions très clairement, très ordinairement ignoré dans une époque fièrement sadienne et festive dans laquelle, utilisé à des fins de ressentiment, d'abrutissement ou de consolation, « l'amour charnel » pue, généralement — la mort, la haine, la souffrance, la séparation ; le plus souvent.

W. Reich — quoique un temps détourné de façon éhontée par le petit homme libertaire-pubertaire pour justifier la « libération » de ses pulsions destructrices et auto-destructrices, prégénitales (au sens que W. Reich donna à ce mot), perverses-polymorphes — était le seul sur lequel on pouvait compter dans ce siècle de branleurs et de branleuses « à prétexte » pour donner quelques indications sur la route à suivre : encore avait-il donné ces indications non pas comme Ovide l'avait fait, en Romain, sur le mode poétique, mais comme il était seulement possible de le faire après deux millénaires de haine du corps et des sens (« Le christianisme a empoisonné Éros — il n'en est pas mort, mais il est devenu vicieux. » Par-delà le bien et le mal) : sur le mode du diagnostic médical, seul registre autorisé, dans son temps, à discourir de la chose.

W. Reich, dont plus généralement la crédibilité était habituellement mise en cause parce qu'il semblait ne pas avoir supporté — entre autres « détails » de l'Histoire —, et avec tout l'aplomb du monde, que l'on brûlât en place publique tous ses livres — et quelques autres aussi — et, un peu plus discrètement, quelques-uns de ses confrères psychanalystes et résistants — et quelques autres aussi — ; et parce qu'avoir dû fuir de quatre ou cinq pays semblait lui avoir quelque peu échauffé l'esprit.

C'est dans ce contexte que nous sommes apparu, dans une époque où seuls les vieux se souvenaient encore, en pensant à Rousseau et à ses Rêveries, qu'il existait quoi que ce fût comme la contemplation, et où les jeunes, comme nous le notions dans le Manifeste sensualiste, s'en foutaient (et s'en foutent), ne cherchant qu'à faire de l'argent — incapables d'aimer et de créer, dans un monde où tout s'y oppose ; — ou bien voulant changer le monde mais sans savoir pour quoi faire…

Ainsi, Nietzsche avait donné son secret à Lou Andreas-Salomé qui l'avait transmis à Freud, qui, malheureusement, était sourd : il n'entendait — il l'a avoué à Romain Rolland, dans une lettre fameuse — rien ni à la musique, ni au sentiment océanique, ce qui bien entendu était très préjudiciable pour comprendre le secret de Nietzsche qui porte et sur la musique et sur le sentiment océanique. 
Et très embêtant pour les théories de ceux suivirent ses traces.

Freud avait transmis ce qu'il avait compris de ce secret — et quelques autres choses aussi — à Wilhelm Reich, entre autres, qui lui avait compris, surtout de Nietzsche, « l'assimilation corporelle des erreurs fondamentales », mais aussi, d'une certaine façon, le sentiment océanique.
Reich qui malheureusement dut traverser l'enfer de la deuxième et de la plus terrible guerre mondiale, et qui s'y brûla les ailes.

Arrivé plus tard, nous avons retrouvé par hasard, à notre tour, ce secret de Nietzsche (et de quelques autres) ainsi que les diverses variations (et quelques autres) que nous venons d'évoquer.

Depuis l'analyse de la forme particulière qu'avait prise chez nous « l'assimilation corporelle des erreurs fondamentales » jusqu'au déploiement de l'Avant-garde sensualiste grâce et avec Héloïse Angilbert, en passant par nos recherches et nos discours autour de l' « ozeanische Gefühle », sur les rivages de la mer d'Arabie avec la belle Berlinoise, ou ceux, à Paris, avec la belle d'Aix et de Marseille, nous n'avons pas changé de cap.
Et, lorsque l'on a si bien commencé, et sur un tel sujet, pourquoi changer ?

Ayant vécu environné « de désolation et d’épouvante »  mais tout de même « au centre tranquille du malheur », pour le dire comme Debord, nous avons pu — et en y réfléchissant bien, finalement toujours en exil — explorer et laisser se déployer, malgré tout, le cœur même du secret que nous avions découvert.

Tout ce que l'on peut lire et voir ici est tout ce que nous en avons fait.

On peut sûrement en apprendre que la contemplation, « l'ouverture du Temps poétique » comme nous l'avons parfois nommée, est un bien rare, peu recherché mais à la portée de tous.

Ceux qui s'estiment en mesure de peser sur le mouvement du monde — et qui pensent la chose possible — pourront trouver dans les résultats de nos « recherches » de quoi nourrir l'idée qu'ils se font de cet autre monde qu'ils désirent.

Quelques-uns pourront s'égayer sur une voie amoureuse qu'ils avaient peut-être jusque-là ignorée — à condition d'y sensibiliser celui ou celle qu'ils aiment ; ou de la ou le trouver — s'ils n’ont pas un autre usage définitif de l’amour ; et si le temps et les moyens leur en sont donnés.

Dans un monde où tant d'autres choses, qui ne le méritent guère, sont si communément acceptées, la poésie ne se doit pas de justifier son existence.



R.C. Vaudey

Le 18 mai 2012.

jeudi 17 mai 2012

Le Sud ensoleillé...



Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences)





La Toute-puissance
Est abandonnée
Douce tendre
Émerveillée
Elle rayonne d'un grand Cœur

Elle est l'intelligence
Intuitive et
Émue
Des Hommes et
Du Monde

La Toute-puissance
Enfant
Sans pouvoir parler
Vous avez pu la posséder

Aujourd'hui
Dans le beau cri
Déchirant d'amour
De tout votre être
Explandi et dilaté
Et dans le reflux
Après
De cette immense énergie
Tendre vous pouvez
La retrouver
Elle ne vous a jamais quitté

Enfant votre regard
Voyait
Vous étiez la puissance
Et aussi
La clairvoyance
L'intuition absolue

Seul de la violence du temps
L'incessant mouvement a pu vous
Faire perdre ce calme et
Cette lucidité
Et cet émerveillement
Enthousiaste et illuminé

Aujourd'hui vous êtes
De retour aux sources
Du Monde 
— La grâce l'extase
La clairvoyance
La puissance
Abandonnée

La Toute-puissance
Est tendre aimante
Empathique
Elle ne connaît aucun excès
Aucune violence
C'est l'humanité non encore sacrifiée ou
Plus tard dans la vie
Retrouvée

C'est le Sud ensoleillé

Ne jamais perdre
Le Sud
Ensoleillé.



Le 19 juillet 2003.



R.C. Vaudey  Journal d'un Libertin-Idyllique (Illuminescences) 2002-2003 

mercredi 9 mai 2012

Sur la Balancelle du Temps








Pleins et déliés...

Il n'y a strictement rien : et ce rien est un plein et un délié
La bibliothèque est vide
Les murs sont nus
La nature est resplendissante
La jouissance est une pure merveille
L'amour physique une béatitude
Chaque chose est un miracle extraordinaire

Il suffit de s'arrêter pour le voir

Cet après-midi
Allongés  
Comme des Romains
Dans notre petit salon de plein air
Sous le tilleul
Le “miracle de notre poule” s'est offert à nous

Nous étions dans un grand calme
Et elle
— Comme toujours —
Tout près de nous
Cherchant notre compagnie
Avec cet œil étonné lorsqu'on l'appelle
Les ailes légèrement ouvertes à cause de la canicule

Héloïse a dit :
“Et puis elle nous donne un œuf tous les jours”...
Nous sommes restés saisis par cela
Là, allongés dans nos coussins
Comme des Romains
La tête appuyée sur la main
— Le coude plié —
Nous avons été saisis soudain
Sans pouvoir plus rien en dire
Par la beauté et le miracle de cet être étrange et beau
Lissant innocemment ses plumes
Avec son coq à côté d'elle
Faisant de même
— Tout occupé à sa toilette —
Qui cherche toujours notre compagnie
Que nous voyons souvent
Mais le plus souvent sans le voir
Qui bien que nous lui portions toujours beaucoup d'attention tendre et amusée
Nous frappe rarement aussi intensément par son mystère et sa beauté

Tout à coup dans cette formule
“Et puis elle nous donne un œuf tous les jours”
La magie de l'auto-mouvement du monde nous a tous les deux saisis
Sans que nous puissions en dire davantage

... Activités d'éveil les jours d'orage…

(Le 29 juin 2006)

 

 


Et Ma-tsou, le maître de Lin-tsi, de dire :
– “S'habiller et manger selon le moment, nourrir l'embryon de sainteté, passer le temps au hasard, quelle autre affaire y a-t-il ?”




Avant-garde sensualiste 4  (juillet 2006-Mai 2008)